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Objets rituels et instruments de musique en milieu Sénoufo 

Un rite peut être défini comme un ensemble de règles ou pratiques cérémoniales utilisées dans une communauté traditionnelle. Ainsi, on parle, par exemple, de rites initiatiques, de rites funéraires, de rites magiques, de rites agraires etc. Les rites jouent un rôle prépondérant dans la vie de plusieurs sociétés traditionnelles africaines. En effet, tout élément important de la vie traditionnelle africaine est ponctué par des pratiques rituelles. C’est un moyen de sauvegarder, de transmettre et de promouvoir les valeurs contenues dans cet élément. La société sénoufo n’échappe pas à cette règle. Dans la présente exposition, notre analyse portera surtout sur les rites chez les peuples sénoufo, notamment les pratiques relatives à l’agriculture à travers le Ciwara et la médiation ou la réconciliation à travers le ‘Kôrèdugaya’. Alors que l’agriculture est le métier par excellence du peuple sénoufo, la paix est le trésor le plus recherché chez l’homme traditionnel sénoufo. Ce sont les instruments de musique qui animent les rituels. Entre autres, nous avons privilégié le balafon, le cicaara, le yabaara et le cipini (tam-tam des femmes).

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LE KÔRÈDUGA (Le Mpwu)

Le Mpwu ou Kôrèduga est un comédien régulateur de la société. En langue sénoufo, le mpwu appelé « Kôrèduga » en langue Bamanan est un personnage requis pour régler les conflits dans la société traditionnelle. Il est vrai que le mpwu est un véritable comédien ; mais les mots souvent employés tels que les bouffons, clown, troubadour ou autres sont insuffisants pour désigner cette société sécrète.

Lorsqu’un conflit oppose des parties, le conflit peut être porté devant le chef de village. Si celui-ci ne parvient pas à le résoudre, il fait appel au mpwu qui en trouve très généralement une solution. Il est aussi un véritable thérapeute capable de juguler les situations semblablement absurdes. Ainsi, le mpwu est présent dans toutes les étapes de la vie humaine : Fiançailles, mariage, baptêmes, funérailles …

Si au Mali, le cousinage à plaisanterie existe entre sénoufo et Minyanka, entre Bozo et Dogon, entre Bamba et Coulibaly etc., il faut souligner que le mpwu incarne toutes les valeurs culturelles sénoufo et constitue le cousin à plaisanterie de tout le monde. En effet, les mpwu ou les kôrèdugaw existent chez les Bamanan, les sénoufo, les minyanka, les Samogo, et bien d’autres ethnies.

LE CIWARA

Le mot Ciwara vient de la langue Bamanan : « Ci » signifie ‘agriculture’ dans un sens restreint et ‘travail’ dans un sens large. « Wara » signifie fauve et plus précisément lion puisque c’est lui qui est considéré comme étant le roi de la brousse. Ciwara veut dire donc le fauve du travail, voire le lion du travail.

Sur cette lancée, le cimier Ciwara est un trophée qu’on offre aux braves travailleurs en reconnaissance de leur bravoure et pour motiver toutes autres personnes afin de se rendre utiles à la société comme eux.

Les cimiers ciwara sont de deux types : le ciwara mâle « Ciwarapôô » et le ciwara femelle « Ciwaracô ». Dans les villages où existe le ciwara, chaque année, les habitants organisent des danses ciwara à l’occasion desquelles ils distribuent un remède qui soigne efficacement contre des éléments qui ménacent le bienêtre de l’homme. Ces remèdes incluent ceux contre les morsures des serpents, les scorpions, les ensorcellements, les plaies, les enflures, les maux de ventre et ceux qui aident les femmes enceintes à accoucher dans de bonnes conditions.

Au Mali, le ciwara est devenu un symbole, un emblème pour notre pays. Par exemple, assez souvent, en guise de reconnaissance, on remet le ciwara aux diplomates en fin de mission. Une représentation graphique du ciwara apparait aussi sur les billets de banque, les cartes postales, les timbres et autres.

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LE CICAARA

Cicaara, mot bambara peut être traduit par « ciceni » ou encore le « ficahayologi » en senoufo. C’est un instrument de musique de la prédilection culturelle sénoufo et dont l’usage est réservé aux femmes. L’instrument est fait d’une gourde appelée « Puwoli » chez certains sénoufo du Folona. Il s’agit du fruit d’une plante rampante. Persée et vidée de son contenu qui est ensuite remplacé soit par des cauris écrasés et mélangés à des petits morceaux d’or, soit par des grains de petit mil ou ceux de certains fruits sauvages. L’orifice de la gourde est ensuite fermé avec de la cire d’abeilles ou de la colle.

L’instrument cicaara est de formes variables, Il peut être de forme ronde, allongé ou ovale. On le rencontre dans la ville de Sikasso et dans bon nombre de villages relevant de la région de Sikasso.

Le cicaara accompagne les travaux champêtres. Il stimule l’ardeur au travail et galvanise les travailleurs. C’est un antidote contre la fainéantise, la paresse. La musique du cicaara est un palliatif qui permettait aux travailleurs crevés, harassés de supporter leurs souffrances.

Le cicaara participe à la socialisation, à l’éducation des jeunes filles. Cet instrument est le garant de la virginité, de la chasteté, de la pudeur et de la retenue des jeunes filles. Après le mariage de la jeune fille, on lui prodiguait des conseils, et on y mettait dans son trousseau, le cicaara qu’elle emportait dans son ménage. Bref, le cicaara est un symbole matériel et immatériel.

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